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Expresso vs Khabane Lame : l’influenceur engage Me Bamba Cissé pour la bataille judiciaire

Oct 31, 2026  Twila Rosenbaum  9 views
Expresso vs Khabane Lame : l’influenceur engage Me Bamba Cissé pour la bataille judiciaire

Nouveau rebondissement dans le dossier qui oppose l'influenceur le plus suivi de la planète à l'un des opérateurs de télécommunications majeurs du Sénégal. La société Khaby Lame srl, établie à Milan et détentrice exclusive des droits d'image de Serigne Khabane Lame, plus connu sous le nom de Khaby Lame, a rendu public, mercredi 5 juin 2024, un communiqué destiné à répondre aux nombreuses publications parues dans la presse sénégalaise. Le document, d'une rare fermeté, dénonce l'utilisation « illégale et frauduleuse » de l'image de l'influenceur par Expresso Sénégal, filiale du Groupe Expresso Télécom. La société affirme que cette exploitation se poursuit « en violation flagrante des lois sénégalaises et internationales » et qu'elle ne repose sur « aucun contrat en vigueur ». Dans la foulée, Khaby Lame srl a annoncé avoir confié la défense de ses intérêts à un ténor du barreau sénégalais, Me Mouhamadou Bamba Cissé, pour porter le litige devant les tribunaux.

Un contrat d'un an signé en janvier 2022, jamais reconduit

Pour comprendre la nature du différend, il faut remonter au 17 janvier 2022. Ce jour-là, Serigne Khabane Lame, dit Khaby, appose sa signature au bas d'un contrat d'une durée d'un an avec le Groupe Expresso Télécom, la maison mère d'Expresso Sénégal. À l'époque, l'influenceur est en pleine ascension et son visage s'apprête à devenir l'un des plus reconnaissables du continent africain comme de l'Europe. Le contrat encadre l'exploitation de son image à des fins publicitaires et prévoit une clause déterminante : sa durée n'est renouvelable que par un accord mutuel des deux parties.

Or, à l'échéance, aucune prolongation n'est intervenue. La société milanaise insiste sur ce point : la reconduction n'a été conclue « ni par Khaby Lame ni par la société IRON qui le représentait à l'époque ». Le lien contractuel s'éteint donc mécaniquement, et avec lui l'autorisation d'exploiter le nom, l'image et la notoriété de l'influenceur. C'est précisément à partir de cette date que naît le contentieux.

« Plus d'un an et demi après la fin du contrat »

Dans son communiqué, Khaby Lame srl explique avoir constaté, « avec une grande surprise et beaucoup de regrets », que la société Expresso Sénégal continuait d'utiliser l'image de l'influenceur pour ses campagnes publicitaires. Les termes employés sont sans ambiguïté : la holding parle d'une exploitation « en totale violation de la loi », alors que plus de dix-huit mois se sont écoulés depuis le terme du contrat initial. Autrement dit, selon elle, des supports de communication, des visuels et des campagnes auraient continué de circuler en s'appuyant sur une autorisation qui n'existait plus.

La société détentrice des droits précise également que cette situation ne se limite pas à un différend financier. L'utilisation non autorisée de l'image de Khaby Lame « met en péril plusieurs de ses contrats », indique-t-elle, laissant entendre que des partenaires commerciaux ont pu s'inquiéter de voir l'influenceur associé à une marque avec laquelle il n'entretenait plus de relation contractuelle. Dans l'industrie de l'influence, la maîtrise de l'exclusivité et de la cohérence des associations de marques constitue en effet un élément central de la valeur d'une personnalité publique.

Me Mouhamadou Bamba Cissé saisi, une procédure déjà pendante

Face à ce qu'elle considère comme une atteinte caractérisée à ses droits, Khaby Lame srl a mandaté le cabinet de Me Mouhamadou Bamba Cissé pour intenter une action en justice contre Expresso Sénégal. Le communiqué précise que « l'affaire est pendante devant les juridictions sénégalaises depuis plusieurs mois ». La procédure n'est donc pas une simple menace : elle est engagée, instruite, et attend son dénouement judiciaire.

La holding milanaise formule un vœu explicite : que la justice sénégalaise intervienne pour faire respecter les droits de l'influenceur et « préserver sa carrière ». Derrière la formule se dessine une demande classique en matière de droit à l'image : constatation de l'illicéité, cessation immédiate de l'exploitation litigieuse, retrait des supports concernés et réparation du préjudice subi.

Les faits clés du dossier

  • Parties concernées : Khaby Lame srl, société basée à Milan et détentrice exclusive des droits d'image de l'influenceur, contre Expresso Sénégal, filiale du Groupe Expresso Télécom.
  • Contrat initial : signé le 17 janvier 2022 par Serigne Khabane Lame pour une durée d'un an, renouvelable uniquement par accord mutuel.
  • Représentation d'origine : l'influenceur était alors représenté par la société IRON.
  • Absence de reconduction : ni Khaby Lame ni IRON n'ont conclu de prolongation à l'échéance.
  • Grief principal : poursuite de l'exploitation publicitaire de l'image « plus d'un an et demi » après la fin du contrat, sans base contractuelle.
  • Qualification retenue : utilisation « illégale et frauduleuse », « en violation flagrante des lois sénégalaises et internationales ».
  • Conseil saisi : Me Mouhamadou Bamba Cissé, avocat au barreau de Dakar.
  • État de la procédure : affaire pendante devant les juridictions sénégalaises depuis plusieurs mois.
  • Préjudice allégué : atteinte aux droits d'image et mise en danger de plusieurs contrats conclus par l'influenceur.

De Dakar à Chivasso : l'itinéraire d'un phénomène mondial

Né le 9 mars 2000 à Dakar, Serigne Khabane Lame arrive en Italie alors qu'il n'est qu'un nourrisson, sa famille s'installant dans la banlieue de Turin. Il grandit à Chivasso, dans un quartier populaire, et mène une scolarité puis une vie professionnelle sans éclat, travaillant notamment comme opérateur sur des machines industrielles. La pandémie de Covid-19 et la perte de son emploi en 2020 vont bouleverser sa trajectoire.

Il lance alors, en mars 2020, un compte sur TikTok. Son concept est d'une simplicité redoutable : face aux vidéos montrant des astuces de la vie quotidienne inutilement compliquées, il apparaît, silencieux, le visage expressif, et exécute le geste évident en deux secondes. Pas de dialogue, pas de décor : un langage universel, compréhensible de Jakarta à São Paulo, qui explique en grande partie sa portée planétaire. En juin 2022, il devient le créateur le plus suivi de la plateforme, dépassant l'Américaine Charli D'Amelio, avec une audience qui franchira ensuite la barre des 160 millions d'abonnés.

Cette notoriété exceptionnelle s'est transformée en un véritable empire commercial. Khaby Lame a enchaîné les collaborations avec de grandes marques internationales, les apparitions dans des productions audiovisuelles et les invitations dans les grands rendez-vous médiatiques. Il a également obtenu la nationalité italienne en 2022, tout en conservant un lien fort avec le Sénégal, où chacune de ses prises de position est scrutée. C'est précisément cette double appartenance, africaine et européenne, qui donne au litige actuel une résonance particulière : un enfant de Dakar devenu star mondiale attaquant en justice une entreprise qui opère sur le sol sénégalais.

Expresso Sénégal, un acteur dans un marché très concurrentiel

Expresso Sénégal est l'un des opérateurs de téléphonie mobile du pays, lancé à la fin des années 2000 et adossé au groupe Expresso Télécom, présent dans plusieurs marchés africains. Sur un territoire où le taux de pénétration du mobile est élevé et où la concurrence entre opérateurs est intense, les campagnes de communication occupent une place stratégique. Les marques télécoms recourent volontiers à des visages connus — sportifs, musiciens, humoristes, créateurs de contenu — pour se différencier et toucher une jeunesse massivement connectée.

Le choix de Khaby Lame répondait à cette logique : son audience, très jeune et panafricaine, représentait un levier évident pour un opérateur cherchant à capter l'attention sur les réseaux sociaux. Mais c'est justement cette proximité prolongée entre une marque et une personnalité qui devient problématique lorsqu'elle survit au contrat qui l'avait autorisée.

Ce que protège le droit à l'image au Sénégal

Le dossier soulève une question juridique classique mais souvent mal maîtrisée par les annonceurs : celle de la durée et du périmètre de l'autorisation d'exploitation de l'image d'une personne. Le droit sénégalais reconnaît le droit à l'image comme un attribut de la personnalité, protégé par les textes civils et précisé par la jurisprudence. Ce droit permet à toute personne de s'opposer à la diffusion, sans son consentement, de son image, dès lors qu'elle est identifiable et que l'usage est susceptible de lui causer un préjudice.

À ce socle s'ajoute le cadre du droit d'auteur et des droits voisins, notamment la loi n° 2008-09 du 25 janvier 2008, ainsi que les engagements internationaux du Sénégal au sein de l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle et des conventions internationales sur la protection des œuvres et des prestations artistiques. Sur le plan commercial, la règle est constante : une autorisation d'exploitation doit être précise quant à sa durée, à son territoire, aux supports concernés et à la rémunération prévue. À l'expiration du terme, l'autorisation cesse de produire effet, et toute utilisation postérieure devient, en principe, illicite.

Les sanctions susceptibles d'être prononcées comprennent la constatation du caractère illicite de l'exploitation, l'injonction de cesser l'usage litigieux sous astreinte, le retrait des supports diffusés, ainsi que l'octroi de dommages et intérêts en réparation du préjudice matériel et moral. L'évaluation de ce préjudice tient généralement compte de la notoriété de la personne concernée, de l'ampleur de la diffusion et de la valeur des contrats de référence sur le marché.

Un précédent aux implications bien au-delà du Sénégal

Au-delà des sommes en jeu, l'affaire est observée de près par l'ensemble de l'écosystème de l'influence en Afrique de l'Ouest. Les créateurs de contenu du continent signent désormais des contrats de plusieurs centaines de milliers, voire de plusieurs millions de dollars, et la question de la protection effective de leurs droits face à de grands groupes économiques se pose avec acuité. Une décision favorable à Khaby Lame srl enverrait un signal fort : celui qu'une autorisation expirée ne peut servir de base à une exploitation commerciale durable.

Pour les annonceurs, l'enseignement est tout aussi direct. La gestion des droits d'image exige une veille rigoureuse sur les échéances contractuelles, d'autant plus lorsque les campagnes sont déployées sur plusieurs supports, notamment numériques, où les contenus ont une durée de vie bien supérieure à celle d'un spot télévisé. Une simple clause de tacite reconduction, ou à l'inverse une date de fin clairement identifiée et respectée, suffit souvent à éviter des années de procédure.

À ce stade, ni le montant des demandes formulées devant les juridictions sénégalaises ni le calendrier des audiences n'ont été rendus publics. Khaby Lame srl maintient sa position : l'exploitation de l'image de son client serait toujours en cours, sans base légale, et porterait atteinte à la fois à ses droits et à la cohérence de son parcours commercial. De son côté, Expresso Sénégal n'avait pas rendu publique de position sur le litige au moment de la diffusion du communiqué, laissant à la procédure en cours le soin de trancher un désaccord désormais installé devant les juges.


Source: Seneweb News


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